LA LLORONA
Boîte n° 11 d'Ahtzic Silis

L’Amérique Latine est en soi un exercice narratif, écrit à l'encre noire sur du papier noir. Son histoire est le résultat d'une éternelle confrontation entre ses héritages imposés, ruptures, promesses, espoirs, et ses légendes des révolutions et des libertés. L'Amérique Latine est le Pays de Merveilles surréalistes, exubérantes, colorées, ingénues et excessives, une rivière débordée et débordante, un flux incontrôlable dans lequel Alice se trouve prise au piège.

 

Incapable de jouer un rôle a l’échelle mondiale, ses horizons restent un mirage. Son chemin est déterminé par des "modèles" oppressifs allant de la richesse à la chimère de la modernité. Mais aussi par des codes matériels, diplomatiques, économiques et subversifs infligés par les classes dominantes qui baignent dans la luxure et l'oisiveté. Comme d'autres régions de la planète qui partagent les mêmes angoisses, les mêmes manques, refus, misères et violations quotidiennes, le reste du monde ne s’intéresse à elle (au mieux) que d'un point de vu exotique, enveloppé méticuleusement d'une couche de dédain assez complexe, pour permettre de garder les distances soit-disant protectrices. Barrages et frontières édifiés par la main de l’homme ont la vocation de marquer son territoire, de le protéger de l’autre, du barbare.

 

Renfermée sur elle-même, furieuse et vulnérable, la société latino-américaine sombre dans une catharsis perpétuelle qu'alimentent les violences permanentes, les changements sans fin et les inégalités sociales qui maintiennent à vif la tension collective de tout un continent où la misère, la famine, la pauvreté, l'émigration et la solitude intellectuelle sont toujours d'actualité.

 

Cette boîte est dédiée à ces femmes, mères, sœurs, épouses, filles, qui cherchent, enterrent et pleurent leurs êtres chers : ces hommes, femmes et enfants engloutis dans la spirale destructrice des systèmes géopolitiques instables et contradictoires qui n'arrivent pas à consolider une distribution équitable d'un patrimoine environnemental, ethnique et social millénaire. Habituées aux guerres civiles et aux dictatures, ces femmes souffrantes doivent aujourd’hui se poser en spectatrices désarmées, face à la puissance du narco-terrorisme, des Maras, de la corruption publique et autres déclinaisons (exploitation sexuelle, intimidation, trafic des biens culturels et des animaux exotiques, exploitation illégale du bois et autres ressources naturelles, etc) d'une indigence qui étrangle le talent, l’énergie et le développement de générations entières qui méritent de s'inventer leur propres poèmes.

 

Écoutons leurs cris et leurs larmes, les pleurs d'un continent femme, d'une terre nourricière qui est aussi la nôtre.